Pierre Buisseret a la main céleste comme d'autres ont le pied marin. Ce qui paraît tout indiqué pour un cosmographe. Artisan-cosmographe, devrais-je préciser. Un qui-travaille-encore-à-la-main. Et dans une sorte d'état d'apesanteur. Échappant ainsi, au moins pendant quelques minutes décisives, aux effets de la gravitation terrestre.

 

Les comètes et météores qu'il fait apparaître viennent d'on ne sait trop où. (Elles ont sans-doute traversé le ciel avant de se poser sur le papier.)

Voyons, disons, ... des blocs rocheux allongés et aux contours irréguliers. Malgré leur masse, en apparence monolithique, ils ont comme l'air en lévitation.

Pierre Buisseret a l'art de rendre léger ce qui devrait peser des tonnes. 

On dirait presque une pelote de laine ou de coton.

 

Il y a aussi des falaises fossiles, remontant à Dieu sait quel plissement glaciaire, et qui reviennent à la vie.

Ce sont des falaises où grimpaient du lierre et des lianes et où courait, ici ou là, un lézard marin.

Ce sont des falaises parcheminées qui se lisent en filigrane.

Collez votre oreille contre l'une de ces falaises, vous entendrez votre mer intérieure.

 

Au départ, il y a comme une impulsion. (Oh pas un geste convulsif ou théâtral: on n'est pas chez Mathieu)

Il en sort une ligne mobile, ininterrompue, qui se prolonge, rampant comme un reptile, qui s'enroule sur elle même et qui ne semble guidée que par elle-même.

Qui avance, rumineuse de sa vie, sous la pointe de la plume ou du crayon.

 

A chaque fois, comme le brouillon d'une longue phrase sans mot, écrite au premier jet, et qui tiendrait toute seule. Elle donne parfois l'impression de changer d'avis, de faire demi-tour, de revenir en arrière. Mais, au bout du bout, elle continue sur sa lancée, dans sa logique à elle. Comme si la pelote se rembobinait. 

N'allons pas chercher trop loin. Oui, si vous voulez, elle est dans sa chaîne d'engrenage, elle a son itinéraire intérieur. Sans pour autant refouler sa part de hasard.

 

A nous de la suivre, de fil en aiguille. 

Il n'y a pas de retouche. Ici, on ne rectifie pas le tir. Simplement, après un temps imprévisible, la main ralentit. Elle finit par s'arrêter. C'est le point final. 

Henri Ruttiens, Juin 2016